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Pour un théâtre de l’oralité 
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Par Eric Premel
fondateur de la coopérative francophone Frontal
et du Festival Paroles d’Hiver (1995-2006)

 

« Le théâtre de l’oralité, c’est oser dire, jouer à tenter d’écrire une littérature orale dont les ressors sont ceux de la dramaturgie, ceux d’un théâtre dépouillé à voix nue. C’est écrire un langage commun, le plus ambitieux.

Là se déploient une attitude, une recherche, un désir de langue, l’essentiel étant de produire ce désir exigeant.
L’écriture, d’emblée contemporaine à la jonction de toutes les formes, a la particularité d’être sonore, conçue pour être dite, inlassablement incarnée, portée par la voix, vivante et presque cinématographique : dans l’art de faire naitre des images mentales, sidérantes, complexes et intimes.

Porter les mots, éclairés de l’intérieur et renouvelés, et les habiter, telle est la littérature orale – née de la confrontation de l’auteur avec le monde, de l’auteur avec la voix, de l’auteur avec l’imaginaire, de l’auteur avec son corps comme chambre d’écho, aux aguets de qui l’écoute, de l’auteur, enfin, avec des auditeurs, protagonistes qui portent eux-mêmes leur propre récit personnel, social, culturel.

Si les textes fictionnels forment le théâtre de l’oralité, ils sont à chaque instant le lieu d’un affrontement permanent avec l’actualité convulsive, la mémoire collective et les failles, des centaines de failles. Divertir n’est pas l’objectif, dans ce théâtre qui fabrique des formes urbaines de la parole, investigatrices.

Jean-Yves Picq disait : « Puisque nos sociétés nous abrutissent de paroles bruyantes pour camoufler le désastre qu’elles organisent en silence, mettons-nous bruyamment au cœur du désastre pour organiser silencieusement la parole ». Rien ne peut mieux définir ce théâtre de la marge, populaire autant que savant, dont l’appétit pour la langue est de créer des Lieux et des Liens, mentaux autant que physiques, des complicités nécessaires pour vaincre le grand cul-de-sac des solitudes.
Dans cette littérature-théâtre, le récit développé est fait d’histoires archaïques autant qu’instantanément actuelles, aux proses rageuses, belles ou crues, qui créent un basculement d’univers, brouillent les parallèles, les latitudes et les longitudes de nos habitudes comme de nos vocabulaires, mettent en berne les livres d’Histoire si aberrants mensongers et xénophobes, de toutes origines, pour redessiner justement, mot à mot, comme on dit pas à pas, le plus grand nombre d’issues possibles.

Inviter à d’autres regards, convier à d’autres pitances, moins maigres, plus proches du plaisir, du désir, de la révolte, des origines : pluriversel bien plus que cet universel de pacotille inventé de toutes pièces.
Il arrive aussi à cette oralité du drame et de la comédie, du réel et de l’invention, de l’émotion et du regard, du sensible et du miroir, d’occuper bien d’autres espaces que les scènes et les plateaux conventionnels des villes et de la culture, pour sculpter autrement de nouveaux sens, ouvrir les cages, élargir les brèches, et prendre position dans ce que la vie a de moins confortable.
Théâtre en forme de territoire libre et délibérément mouvant, en mouvement, pour exprimer les faces cachées des collusions entre les mots et l’imaginaire, entre les sensations et des manières d’entendre, entre des dire et des poésies mentales.

Travailleuse du théâtre, de l’écriture et de l’oralité millénaire, autant que tisserande de la complainte, du songe et des questions, Catherine Gaillard fait partie des gens de voyage par excellence, des expatriés apatrides et des illusionnistes, des faiseurs de blues, des passagers de l’instant, soutière capable de cette transcendance qui nous fait trop souvent défaut : sa poésie étant celle du combat où, soudain, le monde entier bascule.
La traduction permanente et éphémère du Mythe de l’Humanité est en route.
Faite de cosmogonies délirantes et des vulnérabilités humaines, de presque rien autant que d’épopées aux accents les plus terriens, cette dramaturgie sans âge est pour espérer que les verrous mentaux explosent, pour que l’on écoute enfin la mémoire des héros ordinaires.

Ce théâtre du dire, qu’est-il ? Qui comprend le conte mais pas seulement; la poésie, mais pas seulement; les récits de vie, mais pas seulement; la littérature dite, mais pas seulement; le slam, mais pas seulement; l’épopée, mais pas seulement; la scansion mais pas seulement; l’improvisation, mais pas seulement; le théâtre, mais pas seulement, etc.

Faire, hors champ, hors cadre, hors limites.

Ce Dire me plaît dans sa sauvagerie. »